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Des médecins plus nombreux, mais inégalement répartis

Médecin

Temps de lecture : 5 minutes

Supprimer le numerus clausus pour mieux ajuster le nombre de médecins. Voici l’une des mesures proposées par la ministre de la Solidarité et de la Santé, Agnès Buzyn, dans son projet de loi de réforme sur la santé en 2022. Comment a évolué le nombre de médecins dans les pays européens ? Quelles spécialités sont les plus représentées ? Existent-ils des disparités territoriales ?

Un nombre croissant de médecins, sauf en Irlande et en France

Garantir un certain nombre de médecins en activité est nécessaire pour assurer un accès à tous aux soins de santé et éviter des délais d’attente trop longs. Si, en moyenne, les Européens pouvaient compter sur 378 médecins pour 100 000 habitants en 2016, de fortes disparités existaient entre les pays (Graphique 1). Par exemple, la Grèce comptait presque trois fois plus de médecins que la Pologne (respectivement 659 et 233 médecins pour 100 000 habitants). Pour ce qui est de la France, elle avait 335 médecins pour 100 000 habitants en 2016, la situant au même niveau que la Finlande ou la Slovaquie, mais en dessous de la moyenne européenne.

Entre 2005 et 2016, le nombre de praticiens a progressé dans presque tous les pays européens (+55 médecins pour 100 000 habitants en moyenne). L’ampleur de cette augmentation n’est pas liée au nombre initial de médecins disponibles dans les pays. À titre d’exemple, l’Estonie et la Grèce connaissent les deux plus fortes augmentations sur la période, alors que le premier pays était en dessous de la moyenne européenne en 2005 et que le second était l’État le mieux doté. L’Irlande et la France se distinguent de cette tendance générale. En effet, l’Irlande voit son nombre de médecins pour 100 000 habitants diminuer (-44 médecins pour 100 000 habitants), alors que celui de la France stagne.

Graphique 1 : Une augmentation généralisée de l’offre de médecins

Nombre de médecins pour 100 000 habitants, 2005 et 2016 (ou année la plus proche)

Note : Au lieu de 2005, il s’agit de l’année 2006 pour l’Irlande et 2008 pour Malte. Au lieu de l’année 2016, il s’agit de l’année 2013 pour la République tchèque et 2015 pour le Danemark, la Finlande, la Pologne et la Suède. La moyenne est la moyenne arithmétique simple et n’inclut pas l’Italie, Chypre et la Bulgarie.

Lecture : En 2016, il y avait 335 médecins pour 100 000 habitants en France, contre 334 en 2005.

Source : European DataLab, Eurostat [hlth_rs_phys] consulté le 27/02/2019.

 

Spécialistes et généralistes, les deux principales disciplines des médecins

Le nombre de médecins disponibles doit s’accompagner d’une offre variée en matière de discipline afin de répondre au plus près aux besoins des patients. Il existe deux grandes tendances au sein des pays européens (graphique 2). D’un côté les États qui ont principalement des docteurs spécialisés (environ 40 % des médecins), comme c’est le cas en Pologne, République tchèque et Roumanie. De l’autre côté, les pays qui s’appuient avant tout sur des médecins généralistes (environ 50 % des docteurs), par exemple aux Pays-Bas, en France, au Portugal et en Irlande. Les autres disciplines pèsent moins lourd et leurs parts sont relativement stables entre les pays : en moyenne, les chirurgiens représentent 20,4 % des praticiens, les psychiatres 5,0 %, les pédiatres 4,8 % et les gynécologues-obstétriciens 4,6 %.

Graphique 2 : Spécialistes et généralistes, les deux grandes familles de médecins

Part des médecins par discipline, 2016 (ou année la plus proche)

Note : il s’agit de l’année 2013 pour la République tchèque, 2015 pour le Danemark, la Finlande, la Pologne et la Suède et 2010 pour la Hongrie. Europe 30 est la moyenne arithmétique simple. La catégorie « autres » inclus les médecins dont la discipline n’entre pas dans les disciplines définies.

Lecture : En 2016 en France, 25,1 % des médecins étaient des spécialistes, 45,7 % des généralistes, 14,1 % des chirurgiens, 1,0 % des autres, 6,8 % des psychiatres, 3,6 % des pédiatres et 3,6 % des gynécologues-obstétriciens.

Source : European DataLab, Eurostat [hlth_rs_spec] consulté le 27/02/2019.

 

Des inégalités spatiales dues à des régions fortement dotées en médecins

Si le nombre de médecins disponibles est une variable importante de l’offre de soin, une répartition homogène sur le territoire permet de prévenir les déserts médicaux. Les pays nordiques (Suède, Norvège et Danemark), ainsi que la Croatie, la Bulgarie et la Slovénie connaissent ainsi des inégalités spatiales limitées (graphique 3). À l’inverse, l’écart entre la région la mieux dotée et celle avec le moins de médecins est particulièrement fort en France, Slovaquie, Grèce, République tchèque, Pays-Bas et Roumanie. À l’exception de la France, ces inégalités s’expliquent par une région très fortement dotée en docteurs comparée au reste du territoire. La France n’entre pas dans ce schéma, les inégalités pour ce pays résultent avant tout d’une région nettement moins bien lotie que les autres.

Graphique 3 : Des disparités territoriales dues à des régions fortement dotées en médecins

Disparités régionales en matière de médecins disponibles, 2016 (ou année la plus proche)

Note : Il s’agit de l’année 2015 pour la Suède et le Danemark, 2014 pour la Finlande et 2013 pour la République tchèque. Europe 22 est la moyenne arithmétique simple. Les pays sont classés par ordre croissant de l’écart entre la valeur maximale et celle minimale.

Lecture : En 2016 en France, la région la mieux dotée avait 33 % de docteurs en plus que la valeur médiane. La région la moins dotée en avait 72 % de moins.

Source : European DataLab, Eurostat [hlth_rs_prsrg] consulté le 21/02/2019.

 

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